venerdì, febbraio 17, 2017

 

Qaraqosh: après l’occupation de l’EI

By Liberation
Marta Bellingreri


Des frigos brûlés, des murs incendiés, des ventilateurs fondus. Le squelette d’un berceau abandonné et la maquette intacte d’un voilier dans une chambre pillée. Voilà ce qu’il reste de Qaraqosh, la plus grande ville d’Irak à majorité chrétienne dans la région de Mossoul, après deux ans d’occupation des jihadistes de l’Etat islamique (EI). Une dévastation quasi totale. L’organisation a été chassée par l’armée irakienne en octobre, quelques jours après le début de la grande offensive pour reprendre Mossoul et sa région, toujours en cours. La ville, qui comptait environ 50 000 habitants avant l’occupation de 2014, est toujours déserte. Seulement peuplée par les militaires irakiens qui contrôlent la zone et quelques personnes impatientes de revoir leurs maisons, moyennant un permis spécial.

Les jihadistes ont aussi laissé derrière eux diverses 
traces de leur passage, tel ce drapeau peint au mur. 
(Photo Alessio Mamo pour Libération)
Quelques jours après la libération, lors d’une messe donnée dans une église d’un camp de réfugiés irakiens chrétiens à Erbil, abuna George («père George») a lancé un appel. Prêtre originaire de Qaraqosh, rentré en Irak après des années en Italie, il a proposé de se rendre dans la ville tout juste libérée pour documenter ce que l’EI a laissé derrière lui. C’est ainsi qu’avec abuna George et une dizaine de photographes, nous nous sommes rendus sur place. Toutes les maisons étaient dévastées, comme après une longue bataille. La reprise du lieu a pourtant été relativement rapide. Les jihadistes ont passé deux ans à profaner les églises et tous les signes de foi chrétienne. C’est surtout l’esprit de vengeance des derniers jours qui a poussé l’EI à incendier presque tous les bâtiments, publics ou privés, avant de quitter la ville. Pas seulement les églises, mais chaque demeure, jardin, commerce, monastère, couvent… Même le cimetière. Difficile d’imaginer une telle désolation.
Avec le groupe de photographes, nous avons visité près de 500 bâtiments, dont certains étaient encore récemment habités par l’Etat islamique. L’odeur de poussière et de feu, la cendre partout, les éclats de verre par terre, rendent le passage difficile. Tout comme les mines non explosées ou le risque de tomber nez à nez avec des jihadistes embusqués. Les plafonds menaçaient de s’effondrer, les murs étaient calcinés. Pour les habitants, l’impatience de regagner leur ville se mêle à l’angoisse d’une stabilité difficile à retrouver, en tant que minorité chrétienne en Irak. A Qaraqosh, nous avons été confrontés à la folie destructrice. Mais surtout, à la résilience d’un peuple qui veut reconstituer sa vie, et son foyer.

This page is powered by Blogger. Isn't yours?